L'alimentation physiologique du chien

L'alimentation physiologique du chien

Quels sont les nutriments de base dont le chien a besoin ?

D'une façon générale, l'alimentation apporte principalement 6 sortes de nutriments (cf tableau).

- Les protéines participent à l'entretien des tissus et au fonctionnement de l'organisme. Dix acides aminés sont dit « essentiels » car ils sont indispensables au chien mais celui-ci ne peut pas les fabriquer, il doit donc obligatoirement les trouver dans son alimentation (l'arginine par exemple). Les proteines dites « à haute valeur biologique » sont des protéines qui contiennent beaucoup de ces acides aminés essentiels et produisent donc peu de déchets.

- Les glucides regroupent les sucres rapides (glucides simples comme le glucose qui apportent beaucoup d'énergie rapidement), les sucres lents (glucides complexes qui se transforment en énergie lentement) et les fibres (glucides complexes non sources d’énergie mais qui régulent le transit intestinal).

- Les lipides fournissent beaucoup d'énergie et servent aussi au fonctionnement de l'organisme. Il existe des acides gras essentiels (acides gras oméga 3 et oméga 6 par exemple, non synthétisés par l'organisme). La valeur biologique des lipides est donc fonction de la quantité d'acides gras essentiels qu'ils contiennent.

- L'eau est le nutriment vital car elle représente 2/3 de l'organisme et toute perte doit être compensée par un apport alimentaire en eau de boisson ou dans les aliments.

- Les minéraux sont très nombreux, le taux optimal dans l'alimentation étant défini pour chacun. On distingue les macrominéraux (en g/100g d'aliment ) et les oligoéléments (en mg/kg).

- Les vitamines sont indispensables car les chiens ne peuvent pas les synthétiser en quantité suffisante et elles interviennent à tous les étages de l'organisme.

 Les  principaux nutriments nécessaires  au chien

Consti-tuants

Principales sources alimentaires

Apport d'énergie:

Rôles dans l'organisme

Protéines

Acides aminés

Viande, oeufs, poisson, laitages, soja…

Energie: +

Construction et réparation (muscle, os, peau…)

Régulation (hormones, enzymes…)

Protection (anticorps)

Glucides

 Glucides simples et complexes

Sucres rapides: bonbons, sucre de table, pâtisseries, laitages, fruits…

Sucres lents: riz, pâtes, pain, pommes de terre…

Fibres: légumes, fruits

Sucres rapides: Energie ++ (libération immédiate si sucres rapides, prolongée si sucres lents )

Fibres: Energie: 0

Libération et stockage d’énergie (muscles, foie)

Fibres: régulation du transit

Lipides

Acides gras

Huiles végétales, beurre, saindoux, viandes grasses, huiles de poisson

Energie: +++

Apport important d'énergie et stockage

Constituants cellulaires (membranes, tissu nerveux, peau et pelage) + hormonaux

Libération et stockage lents d’énergie (tissu graisseux)

Eau

-

Eau de boisson

Aliments humides

Energie: 0

A la base de toutes les réactions de l'organisme

Régulation thermique…

Minéraux

Ca, P, K, Cu, Na, Mg, Se …

Sel, produits laitiers, viande, légumes...

Energie: 0

Intégrité du squelette, des globules rouges, du coeur, de la peau, des muscles...

Vitamines

A, B, C, D, E, K…

Fruits, légumes, laitages, huiles de poisson, viandes…

Energie: 0

vision, croissance, peau, coagulation..

Quels sont les facteurs de variation des besoins ?

L’ alimentation du chien doit contenir obligatoirement tous ces nutriments mais il reste à définir en quelle quantité. Pour cela, il faut calculer le besoin énergétique total du chien en ajoutant :

- son besoin énergétique de base (nécessaire à ses fonctions vitales : respiration, digestion, température...) : il dépend principalement du format de l'animal ;

- son besoin énergétique d'entretien (nécessaire aux déplacements, à la croissance, à la reproduction...) : il dépend essentiellement du statut physiologique du chien (chiot, femelle allaitante...) et de son activité physique.

Il faut aussi veiller à ce que l’ eau contenue dans les aliments et l’eau de boisson couvre les pertes quotidiennes dues aux urines, aux selles, à la respiration et à la sudation. On considère qu'un chien sain avec une activité moyenne a besoin de 50 à 80 ml/Kg d'eau par jour.

Enfin, il faut veiller à ce que la ration apporte au chien, qui est un carnivore, environ 30% de protéines, 40% de lipides, 30% de glucides et une quantité suffisante, sans excès, de vitamines et de minéraux.

Comment élaborer une ration ménagère ?

Pour des raisons d'appétence, de culture ou d'habitude, le maître veut parfois nourrir son chien avec une alimentation ménagère. C'est le vétérinaire qui calculera exactement la composition de la ration mais l'auxiliaire peut questionner les clients car la ration qu'ils donnent est souvent très déséquilibrée.

Pour un chien, elle devrait être composée de 4/10 ème de sources de protéines (viande, poisson, oeuf...), de 3/10 ème de féculents (riz, pâtes...), de 2/10 ème de légumes verts cuits, d'1/10 ème de CMV (complément minéral et vitaminé adapté à l'animal) et d'huile végétale.

Les aliments interdits, car toxiques, sont le chocolat et les oignons crus ou cuits.

Les aliments fortement déconseillés sont :

- les os (constipation, perforation digestive),

- les pommes de terre, les légumes secs, les petits pois et le pain car ils contiennent de l'amidon non digestible pour le chien

- les sucreries car elles favorisent l'obésité et le diabète

- le lait, qui entraîne souvent des diarrhées chez les animaux dépourvus de lactases

- les restes de table (mal adaptés aux besoins des carnivores et favorisant les problèmes de hiérarchie s'ils sont donnés à table), les sauces et les graisses cuites.

La fabrication d'une ration ménagère équilibrée et de bonne qualité demande un budget au moins équivalent à l'alimentation industrielle et un temps de préparation très important. Elle se trouve souvent déséquilibrée car les propriétaires oublient de rajouter un CMV et ont tendance à varier la qualité, voire les quantités, des aliments de base. Elle n'est donc pas à conseiller et il vaut mieux orienter les clients vers l'alimentation industrielle haut de gamme qui sera souvent de meilleure qualité, pas plus chère, plus fiable et beaucoup plus pratique.

Quel type d’aliment conseiller ?

Les aliments industriels distribués chez les vétérinaires existent sous quatre formes

-        Aliments en boîtes ou barquettes (dits humides) : ce sont des pâtées contenant plus de 70 % d’eau. Ils sont très appétents mais se conservent mal une fois la boîte ouverte.

-        Aliments en sachets hermétiques (dits semi-humides) : bouchées qui contiennent entre 14 et 70% d’eau.

-        Aliments en sacs (dits secs) : flocons ou croquettes qui contiennent moins de 14% d’eau ; ils peuvent être consommés secs ou réhydratés. Ils sont moins onéreux, moins appétents mais se conservent mieux, et certains peuvent contribuer à ralentir la formation du tartre dentaire.

-        Laits maternisés en poudre à reconstituer avec de l'eau.

La gamme physiologique pour chien propose des aliments correspondant aux différents états physiologique du chien ou à des caractéristiques de taille, d’embonpoint ou d'activité.

- Le lait maternisé (chiot ou chiot-chaton) est à utiliser pour des chiots de 0 à 2 mois qui sont orphelins, rejetés par leur mères ou affaiblis pour diverses raisons.

- Les aliments pour chiots ou puppy sont destinés aux chiots en croissance : en général de 2 à 10 mois pour les races naines, de 2 à 12 mois pour les petites races, de 2 à 14 mois pour les races moyennes et de 2 à 18 mois pour les grandes races (mais il faut se référer aux âges donnés par chaque fabricant). Certains fabricants différencient les aliments pour chiots en fonction de la taille à l’âge adulte et d'autres en fonction de l'âge actuel du chiot. L'alimentation pour chiot doit aussi être distribuée aux femelles gestantes (à partir de la 2ème moitié de la gestation) ou allaitantes (pendant toute la durée de l’allaitement) car leurs besoins spécifiques sont à peu près les mêmes.

- Les aliments pour chiens adultes ou à l'entretien sont destinés à prendre le relais des aliments croissance pour les chiens sans spécificité particulière. Ils peuvent convenir jusqu’à l’âge de 5 ans (chiens de grande race) ou 9-10 ans (chiens de petite race ou races naines).

- Les aliments pour chiens sportifs sont destinés aux chiens de travail (sécurité, avalanche...), aux chiens de traîneaux, de chasse ou faisant beaucoup de sport (courses, agility...), qui ont tous des besoins très augmentés en énergie. Ces aliments sont donc riches et appétents.

- Les aliments allégés ou light sont destinés aux chiens prédisposés à la prise de poids afin de limiter celle-ci (labradors, chiens stérilisés, chiens inactifs...). Ils sont souvent moins énergétiques, plus riches en fibres et un peu moins appétents. Ces aliments n'ont pas pour effet de faire maigrir un animal, à la différence des aliments diététiques « obésité ». Il faut donc bien prévenir les propriétaires que ces aliments allégés ont un rôle préventif et non curatif.

- Les aliments pour vieux chiens, matures ou seniors sont destinés à remplacer l'aliment adulte quand les chiens vieillissent. Ils sont à distribuer à partir de 5 ans chez les races géantes, de 7 ans chez les races moyenne et de 9 ans chez les petites races. Ces aliments ont une densité énergétique réduite pour s'adapter à l'activité des seniors qui diminue généralement avec l'âge. Ils ont aussi une composition adaptée pour diminuer les problèmes liés au vieillissement, à savoir l'arthrose, la constipation, la sénescence, les pathologies rénales et cardiaques...

- Les aliments pour chiots ou chiens stérilisés, plus récents, ont une faible densité énergétique pour limiter la prise de poids et sont complémentés en vue de réduire les affections favorisées par la stérilisation. Ils sont classés en fonction de l’âge et du poids. 

Comment distribuer l’aliment ?

Une fois l’aliment adapté choisi, il faut en expliquer la distribution au propriétaire. Deux options sont possibles : l’alimentation en libre service et l’alimentation en repas. Le libre service consiste à distribuer en une seule fois la totalité de la ration quotidienne que l’animal consomme au rythme qui lui plaît ou à laisser de l'alimentation à volonté à disposition. Ce type de distribution n’est adapté qu’aux chiens qui régulent bien leur prise alimentaire (souvent ceux qui y sont habitués depuis le plus jeune âge), qui n'ont pas de problème de surpoids ni de hiérarchie et qui sont nourris avec un aliment sec de bonne qualité, suffisamment rassasiant.

L'alimentation quotidienne du chien est plus souvent fractionnée en repas. On peut alors opter pour une alimentation en temps limité, c’est-à-dire laisser la gamelle en place pendant 10 à 30 mn puis la retirer après avoir éloigné l’animal, ou une alimentation en quantité limitée, c’est-à-dire peser la ration et la laisser à disposition de l’animal.

Quant à la quantité d'aliment à distribuer, mieux vaut se fier aux recommandations du fabricant, en la modulant en fonction du mode de vie du chien (ex : la vie dans le jardin en hiver augmente les besoins), de son état physiologique (pour un animal stérilisé, si l’aliment n’est pas spécifiquement adapté, l’apport d’aliment d’entretien doit être réduit), de son tempérament (les chiens nerveux ont plus de besoins que les chiens calmes), de sa race (les lévriers brûlent plus d’énergie que les labradors), de son embonpoint (si l’aliment n’est pas allégé, la quantité doit être réduite).

Les restes de tables et les friandises sont toujours déconseillés car ils déséquilibrent la ration, rendent les chiens difficiles, les poussent à mendier, favorisent les problèmes de dominance et entraînent souvent des problèmes digestifs voire allergiques.

Enfin, il convient d’avoir toujours en tête l’impact de l’alimentation sur la santé, comme le disait Hyppocrate: « Que ton alimentation soit ta première médecine ».