Respecter les traitements

Respecter les traitements

Le vétérinaire a environ trente minutes pour expliquer sa prescription au client. C'est ensuite à l'auxiliaire vétérinaire que revient la responsabilité de faire respecter cette prescription, parfois pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, en s'assurant que tout se passe bien pour l'animal et pour le propriétaire.

Les vétérinaires possèdent généralement des centaines de médicaments différents au sein de leur structure. L'exécution d'une ordonnance peut sembler facile pour le vétérinaire, mais une fois seul chez lui avec son animal, le propriétaire se trouve confronté à de multiples difficultés, par exemple :

- il n'arrive pas bien à administrer le traitement, et ne le donne qu'une fois sur deux !

- il commence le traitement, mais l'arrête avant la fin parce que l'animal va mieux, il pense donc fastidieux et inutile de continuer

- il arrête le traitement parce que l'animal présente d'autres signes qui lui font penser qu'il ne supporte pas le médicament.

Qui décide de modifier ou renouveler un traitement ?

Le vétérinaire est seul responsable de sa prescription et il n'y a que lui qui puisse la modifier car elle fait suite à un diagnostic et un pronostic pour un animal précis à un moment donné.

L'ASV doit donc respecter et faire respecter par le propriétaire le choix fait par le vétérinaire, en reformulant systématiquement avec le client, à l'issue de la consultation :

- le nom du médicament

- sa posologie (nombre de comprimés, de doses...)

- sa fréquence (nombre de prises par jour)

- la durée du traitement

- les indications particulières données par le vétérinaire (avec un repas, laisser l'eau à volonté...)

- les effets secondaires habituels (ex :il va boire plus et uriner plus)

Le client doit être invité à rappeler pour tout complément d'information ou signe anormal.

Le but d'un traitement est d'être le plus efficace possible tout en ayant le moins possible d'effets secondaires. Des études ont été menées par les laboratoires pharmaceutiques pour chaque médicament, pendant généralement une dizaine d'années, pour indiquer aux vétérinaires les effets attendus autant positifs que négatifs, en fonction des différentes données (doses, fréquences, caractéristique de l'animal...).  Si l'on modifie un de ces paramètres tout peut-être remis en cause aussi bien sur l'efficacité du traitement que sur son innocuité (absence de danger). La décision de modifier le traitement (arrêt, augmentation ou diminution des doses ou de la fréquence d'administration...) ne doit donc jamais être prise par le propriétaire ou par l'auxiliaire, mais uniquement par le vétérinaire qui a vu l'animal en consultation.

De même un traitement identique ne peut pas être donné un autre animal même s'il présente les mêmes symptômes, ni au même animal en cas de « rechute » quelque temps plus tard, sans qu'il soit vu en consultation. En effet un même symptôme peut être du à des maladies différentes, par exemple un chien peut se gratter une première fois parce qu'il a des puces, mais la fois suivante parce qu'il a une atopie ou une gale). Les traitements seront très différents selon les cas et la physiologie de l'animal pourra avoir changé (chienne gestante, chat devenu insuffisant rénal...).

Quelles sont les règles de délivrance des traitements ?

Malgré tout, certains propriétaires vont insister auprès des auxiliaires pour obtenir sans prescription le renouvellement d'un traitement, pour diverses raisons (« c'est comme la dernière fois », « je suis ici en vacances et mon vétérinaire habituel me donne ça »; « Il est trop vieux ou trop craintif pour que je l'emmène en consultation... »). Il faut donc leur réexpliquer pourquoi l'animal doit absolument être vu en consultation par un vétérinaire mais également leur rappeler les dispositions réglementaires qui interdisent la délivrance de médicaments au comptoir sans examen clinique, voire imposent une ordonnance pour les listes 1 et 2 (cf tableau).

Règles de délivrance des médicaments visés de liste 1 et 2

Délivrance:

- uniquement à la clientèle (animal vu en consultation depuis moins d'un an)

- uniquement sur ordonnance sauf pour les médicaments « exonérés »

- délivrance pour 28 jours de traitement maximum

- ordonnance de moins d'un an pour un renouvellement et de moins de trois mois pour une première délivrance

- le renouvellement est interdit pour les substances vénéneuses de la liste 1 sauf mention contraire portée par le vétérinaire

- le renouvellement est autorisé pour les substances vénéneuses de la liste 2 sauf mention contraire portée par le vétérinaire

Inscriptions à porter sur l'ordonnance:

- date de la délivrance

- quantité délivrée

- tampon de la clinique

- n° d'enregistrement (n° d'ordonnancier ou ordonnance à duplicata)

Inscriptions à porter sur les boîtes:

- posologie du traitement

- tampon de la clinique

- N° d'enregistrement (n° de l'ordonnancier ou de l'ordonnance à duplicata)

Les antiparasitaires font exception à ces règles lorsqu'ils sont classés dans les médicaments dérogatoires. Ce sont exclusivement des médicaments antiparasitaires externes à usage externe, destinés à la lutte contre les puces, poux, tiques et aoûtats sur les animaux de compagnie. Ils peuvent alors être vendus librement, par exemple en animaleries ou en grandes surfaces. L'auxiliaire peut donc les vendre à tout public, mais sans jamais oublier son rôle de conseil pour la bonne utilisation du produit. C'est ce conseil qui apporte sa plus-value à la clinique vétérinaire en évitant les échecs de traitement (propriétaires qui ne respectent pas la posologie, oublient de renouveler le collier ou déposent un spot-on dans les poils) ou pire, les accidents (chats intoxiqués et morts suite à l'application d'un spot-on pour chiens).

Quelques antiparasitaires internes sont des médicaments non visés, ils peuvent alors être vendus sans ordonnance à la clientèle, mais la plupart sont des médicaments visés liste 2.

Les antibiotiques utilisés par voie générale (per os ou injectables) sont tous des médicaments

visés à substance vénéneuse liste 1 ainsi que l'ensemble des médicaments contenant des corticoïdes (anti-inflammatoires stéroïdiens).

Les AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) sont tous des médicaments visés liste 1 ou 2. Seuls quelques médicaments à usage local (cutané ou auriculaire) contenant des antibiotiques et/ou des AIS sont des produits exonérés de la liste 1, ne nécessitent pas d'ordonnance et peuvent être délivrer à la clientèle après prescription du vétérinaire.

Que conseiller pour favoriser l'observance ?

Le rôle de l'ASV est de prévenir l'automédication en incitant les propriétaires à consulter pour toute nouvelle maladie ainsi que pour des contrôles réguliers lors de maladies chroniques. Il est également de les accompagner pour appliquer correctement la prescription du vétérinaire.

Les propriétaires peuvent avoir du mal à administrer les médicaments à leur animal. Pour éviter ces problèmes, certains médicaments sont commercialisés sous une forme appétente. Dans les autres cas, l'auxiliaire peut donner quelques conseils pratiques, par exemple:

-        cacher les médicaments ou les écraser dans un peu de nourriture appétente (pâtée, morceau de fromage, de beurre, jambon...si cela n'est pas contre-indiqué pour sa maladie ou par son embonpoint)

-        utiliser un lance-pilule

-        envelopper les chats dans une serviette éponge pour leur administrer le médicament au fond de la gorge (possibilité de leur monter la technique à la clinique dès le départ)

-        voir avec le vétérinaire une autre forme galénique pourrait mieux convenir (spot-on, liquide, gélule à ouvrir, comprimé appétent...)

Pour les maladies chroniques, le vétérinaire prescrit souvent un aliment diététique. L'auxiliaire doit alors vérifier que la fréquence de réachat de l'aliment soit cohérente avec le poids de l'animal (un labrador ne peut pas se nourrir avec un sac de croquettes de 5 kg par mois ...). Elle doit s'assurer que les animaux n'aient pas d'à côté non autorisés (chat sous hypoallergénique à qui l'on donne une boite de supermarché le soir...) et donner des conseils pour favoriser l'acceptation de l'aliment prescrit:

-        faire une transition progressive avec l'ancienne alimentation sauf mention contraire du vétérinaire

-        mélanger les croquettes avec la pâtée diététique adéquate

-        tiédir l'aliment

-        se servir de l'aliment comme récompense.

Qu'il s'agisse de la prise de médicaments ou d'aliments sur le long terme, le  propriétaire doit être convaincu du bénéfice d'un traitement bien conduit pour son animal (qualité et durée de vie) mais aussi pour lui (un animal bien soigné séjourne moins souvent chez le vétérinaire).

Par ailleurs, le suivi du traitement doit être valorisé. Ainsi, chaque fois qu'un client revient chercher des médicaments ou des aliments à la clinique, il faut:

- prendre des nouvelles de l'animal

- demander si le traitement se passe bien

- vérifier la motivation des propriétaires et les encourager

- renouveler les recommandations

- répéter les posologies (même pour des médicaments classiques tel que les antiparasitaires)

- noter la date et les informations obtenues dans le dossier médical

- proposer une visite de contrôle le cas échéant.

Que conseiller en cas d'effets secondaires ?

Certains propriétaires vont venir à la clinique ou téléphoner pour signaler d'autres signes qu'ils mettent en relation avec la prise de médicaments, dont ils n'avaient pas forcément été prévenus ou qui les inquiètent particulièrement. L'auxiliaire devra d'abord vérifier auprès du propriétaire comment il administre le traitement puis se référer au vétérinaire avant de donner une réponse adaptée:

-        ce symptôme est sans rapport avec la maladie ou le traitement, vous devez revenir en consultation

-        ce symptôme est un effet secondaire habituel du traitement, il n'y a hélas pas d'autre solution

ou : vous pouvez l'atténuer ainsi (donner des exemples concrets) retéléphonez s'il ne passe pas (délai)

-        ce symptôme peut-être dû au traitement, le vétérinaire souhaiterait le revoir pour contrôler.

Pour conseiller au mieux les propriétaires, les auxiliaires doivent donc connaître les principales indications, contre-indications et effets secondaires des différentes classes thérapeutiques (cf tableau ci-dessous).

Caractéristiques des principales classes thérapeutiques

Indications

Contre-indications

Effets secondaires

Précautions d'utilisation

Antibiotiques

traiter ou prévenir les infections bactériennes

-allergie à la molécule

-diarrhée

-vomissement

-allergies, éruptions, prurit

-protections gastriques et intestinales pour les animaux fragiles

AINS

-antiinflammatoire

-antipyrétique (fièvre)

-anticoagulant

-antalgique (douleur)

-insuffisance rénale

-insuffisance hépatique

-diarrhées -vomissements

-ulcères gastriques

-protections gastriques et intestinales pour les animaux fragiles

-avec le repas

AIS

-antiinflammatoire

-état de choc

-maladies autoimmunes

-allergie

-cancers

-insuffisance rénale

-dernier tiers de gestation

- infection non traitée

-vaccination

aux doses immunosuppressives

-polyphagie (augmente l'appétit)

-polydipsie (augmente la soif)

-polyurie (augmente la quantité d'urine)

-arrêt toujours progressif

- eau à volonté

-sorties hygiéniques plus fréquentes

-quantité aliment contrôlée

Antiparasitaires externes

-lutte contre les insectes (puces, phlébotomes...)

-lutte contre les acariens (tiques, aoûtats...)

-beaucoup sont interdits chez les chats

-irritation locale

-hypersalivation, tremblements, essentiellement chez le chat

-peser l'animal

-ne pas toucher l'animal ensuite

-respecter les délais de renouvellement

-empêcher le léchage

Quelles sont les risques de l'inobservance ?

D'après des études du GERM (Groupe d'Etudes en Recherche et Management de l'AFVAC), plus de la moitié des propriétaires ne suivent pas les recommandations des vétérinaires ! Ils administrent soit trop de médicaments à leur animal (doses dépassées, automédication ...) soit pas assez (arrêt inopiné du traitement, diminutions des doses...). Pourtant l'étude a été faite sur des traitements courts d'une semaine. Or plus les traitements sont longs, plus le respect est  fantaisiste et après un mois les abandons sont fréquents.

Les raisons de ne pas effectuer correctement un traitement sont effectivement nombreuses : crainte des effets secondaires, animal difficile à manipuler, horaires contraignants, coût, propriétaire non convaincu du bien fondé du traitement, animal qui va mieux...). L'ASV devra essayer d'anticiper au mieux en faisant exprimer ses objections au client et s'assurant qu'il a eu réponse à toutes ses questions. Il sera utile d'insister sur le fait que l'observance du traitement et le suivi thérapeutique offrent à l'animal les meilleures chances de guérison ou de longévité.

Au contraire, l'inobservance expose l'animal au risque de ne pas guérir voire de subir des effets secondaires néfastes pour son bien être et sa santé. Ces conséquences sont variables en fonction de l'affection dont souffre l'animal et de la classe thérapeutique du médicament, car il est évidement bien plus grave de modifier la dose d'un médicament toxique que celle d'un produit non visé.

L'inobservance du traitement peut aussi entraîner l'impossibilité de confirmer un diagnostic, une guérison partielle avec passage à un état chronique, une aggravation des symptômes voire une perte de chance pour l'animal avec un pronostic assombri.

Sur le plan de la santé publique, la non observance des traitements antibiotiques (utilisation abusive, doses insuffisantes, fréquences d'administration non respectées, interruption de traitement) entraîne une résistance à certains antibiotiques. La bactérie qui n'a pas été détruite par un traitement mal appliqué « apprend » à résister à l'antibiotique : ce phénomène repose sur une mutation génétique (ex : modification de la paroi empêchant l'antibiotique de pénétrer) qui se transmet à toute la descendance, voire aux autres bactéries par transfert. Ensuite l'antibiotique n'est plus actif sur ces bactéries et son efficacité est donc définitivement diminuée.

L'observance d'un traitement est primordiale pour l'animal, pour son propriétaire, pour la clinique et pour la collectivité. L'auxiliaire devra donc toujours être à l'écoute des propriétaires (qui se confient souvent plus facilement à elle qu'au vétérinaire) et les conseiller au mieux afin d'assurer un bon suivi des traitements mis en place par le vétérinaire.